ardjata-sanouLe geste est précis, presque chirurgical. De ses deux index, Pauline fait progresser le tissu sous la semelle de sa machine, centimètre par centimètre, pressant la pédale de son pied droit. L’aiguille frappe l’étoffe de son dard, déposant à chaque piqûre le précieux morceau de fil qui, progressivement, referme la couture. La technique est fascinante, bien que banale pour une couturière. Sauf qu’ici, la toile qui défile sous les doigts de la jeune femme est fabriquée à partir de sacs plastiques recyclés.

Depuis treize ans, les femmes du GAFREH (Groupe d’action des femmes pour la relance économique du Houet) ramassent les sachets plastiques noirs qui jonchent les rues et les parcs de Bobo-Dioulasso, la deuxième ville du Burkina Faso, pour en faire du tissu, des sacs à dos, pochettes pour ordinateur, sous-tasses, colliers ou encore des porte-clés.

L’idée a germé dans l’esprit d’Haoua Ilboudo un jour de 2002. Excédée de voir des animaux mourir en ingérant les innombrables sachets noirs jetés dans la nature, cette militante décide de les ramasser et de leur donner une seconde vie. Elle soumet l’initiative au GAFREH, et obtient, en décembre 2002, le 10e prix de la Foire de l’innovation pour le développement.

Lorsque le projet est effectivement lancé, quelques semaines plus tard, elles ne sont que quatre à l’inaugurer. Mais aujourd’hui, ce sont 95 femmes, âgées de 16 à 70 ans, qui interviennent dans le processus de recyclage.

Leur imagination semble sans limite. « On s’assoit et on réfléchit. C’est ça l’innovation ! », s’exclame Haoua Ilboudo, en tapant du poing sur une table en sacs fondus. « J’étais déjà couturière avant, mais ce que j’aime par-dessus tout ici, c’est qu’on peut sans cesse créer de nouveaux modèles », enchaîne Pauline Sankara, employée depuis six ans au centre du GAFREH.

Le projet est aussi une victoire écologique. L’ingestion de sacs plastiques serait en effet la cause de près d’un tiers des décès chez les animaux au Burkina, selon le ministère des ressources animales.

Les objets fabriqués sont ensuite vendus dans les trois échoppes tenues par l’association, à Bobo-Dioulasso et Ouagadougou. La cible des couturières demeure les touristes et les Burkinabés aisés. En effet, il faut compter environ 7 500 francs CFA (un peu plus de 10 euros) pour un sac à dos traditionnel : un prix prohibitif pour le Burkinabé moyen. « C’est un produit durable et écologique », explique Christiane Lamizana, présidente de l’organisation.

La suite de l’article, Le Monde Afrique….

Le site du GAFREH