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Bonjour Ephigénie, pourriez-vous SVP vous présenter à nos lecteurs ?

Ephigénie G.
Bonjour chers lecteurs, je m’appelle Gomis Ephigénie, j’ai 27 ans et je suis française d’origine sénégalaise et Bissau guinéenne. Après avoir eu mon baccalauréat en 2006 à Évreux, je suis partie vivre en Espagne pendant un an, le but étant d’apprendre la langue et de découvrir la culture espagnole avant de commencer mes études universitaires. J’ai donc validé ma licence en 2012 et mon master Littérature et Civilisation de l’Espagne et de l’Amérique latine en 2014.Mais c’est fin 2008 début 2009 que j’ai découvert ma passion pour la danse c’est à dire la kizomba, la musique et la civilisation africaine.

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Etes-vous autodidacte ou avez-vous suivi une formation ?

Ephigénie G.
J’ai suivi une formation au sein de la première école de kizomba en France appelé « Kizomba.fr ». Nous avions comme professeur Victor Sousa originaire du Portugal et M. Tecas originaire de l’Angola.Par la suite, j’ai pu approfondir ma formation avec Patrick Toffa, vice-champion au concours international de Kizomba « Africadansar » en 2011. En effet, après sa victoire nous avons débuté notre partenariat, ce qui m’a permis d’être plus professionnelle, plus consciente et considérer la danse comme une partie importante de la culture et de l’identité. Patrick Toffa est un danseur qui m’a beaucoup appris sur l’histoire de la danse en Angola et les influences musicales des autres pays en ce qui concerne ce domaine.

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Comment définiriez-vous votre art et votre façon de travailler ?

Ephigénie G.
Je définirai mon art comme quelque chose de très important car seul l’art comme l’écriture, la peinture permet de conserver la trace du passé. Les êtres humains sont oublieux ou victimes d’amnésie mais l’art permet de conserver et de protéger le passé, l’histoire. Le but de l’enseignant est de faire des recherches, creuser dans le passé pour aller chercher l’information. Par la suite, son devoir est de transmettre. Il est important de montrer qu’un professeur de danse est comme un chercheur car il ne suffit pas de donner des ensembles de pas ou même briller mais de transmettre avant tout une partie importante de la culture d’un pays, une partie de son histoire et également sa richesse. Si les musiques sont différentes d’un pays à un autre, cela tient de sa société, son histoire.

Mon travail ne se fait pas sans l’histoire de la danse et son authenticité. Grâce à mes recherches et à mon partenaire Patrick Toffa qui a aussi appris en Angola, j’ai eu la chance d’apprendre une partie importante de l’histoire de la musique angolaise.

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Où et comment trouvez-vous votre inspiration ?

EG2Ephigénie G.
Je trouve mon inspiration dans l’Afrique. Sa richesse culturelle fait d’elle une source inépuisable. De plus, il serait même possible de dire que la pauvreté en Afrique donne involontairement de la valeur à sa culture car la plupart des africains restent fidèles aux rites et aux traditions populaires et ancestrales malgré le contexte économique et politique. Je trouve aussi mon inspiration parmi mes élèves qui me donnent toujours l’envie de persévérer et de trouver les détails qui perfectionne la danse.

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Avez-vous des thèmes de prédilection ?

Ephigénie G.
Oui. Mon thème de prédilection est la recherche du « semba d’Angola» dans la « samba brésilienne». Je suis depuis très longtemps admirative de la samba brésilienne avec son carnaval, ses paillettes et surtout sa manière de représenter sa culture de manière si festive. Lorsque j’ai appris à danser le semba, j’ai appris que les origines de la samba et du carnaval brésilien venaient de la partie centrale de l’Afrique qui est actuellement l’Angola. En effet, le Brésil comptait des milliers d’esclaves pendant la période coloniale et leurs divertissements mêlaient danse, chants et percussions. Les coutumes et fêtes africaines sont restées malgré la déportation. À ce sujet Gilberto Freyre disait aussi « Ces chansons et ces danses noires mélangées à des vestiges de fado représentent peut-être la quintessence du Brésil ».

Ce qui m’a aussi poussé à chercher les traces du semba dans la samba sont aussi les musiques de l’un des plus grands artistes angolais, Bonga. Chanteur de massemba depuis les années 70, on retrouve dans ses musiques des instruments devenus emblématiques au Brésil comme le cuica, le batuque ou le berimbau.

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Que voulez-vous exprimer dans votre travail ? Avez-vous un message ?

Ephigénie G.
Ce que je désire exprimer dans mon travail est l’importance et le respect de l’Afrique car selon moi, l’Afrique est le berceau de la danse mêlée au sacré. Le dialogue avec les esprits se réalise à travers la danse et la musique. Le religieux, le spirituel et les cérémonies passent par la musique. Même les pleurs se font en chantant. Si je devais passer un message ce serai celui-ci : La kizomba et le semba sont des danses venues d’Afrique et qui ont été apporté en Europe grâce à l’élite angolaise mais aussi et beaucoup grâce aux capverdiens. Le travail de l’artiste consiste montrer la beauté de la danse, faire connaitre la musiques et ses plus grands chanteurs mais à faire évoluer tout en gardant les racines africaines. L’évolution doit se faire avec les éléments internes. Les bases de la musique et de la danse ne doivent jamais disparaitre car derrière cela une culture se perd et la culture c’est l’identité.  

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Qu’est-ce qui vous motive ?

EGEphigénie G.
Mon père. Guitariste en Guinée-Bissau, au Sénégal et en France, il a su faire partager à toute la famille son goût pour la musique. Je me souviens étant petite des vinyles qu’il possédait de Bob Marley, The Original Wailers, Pacheco y el Conde et des groupes de salsa colombienne et sénégalaise. Mon père faisait aussi parti d’un orchestre qui donnait des concerts un peu partout en France. J’aimerai être dans la danse ce que mon père était dans la musique. Ce qu’il a pu réaliser au niveau de la musique m’encourage beaucoup et c’est un modèle pour moi.

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Quels ont été les temps forts de votre carrière d’artiste ?

Ephigénie G.
Le premier temps fort de ma carrière a été notre déplacement aux États-Unis en mars 2013. Invités à New-York mon partenaire et moi, nous avons eu la chance de partager notre passion de l’autre côté de l’Atlantique.

Le deuxième temps fort de ma carrière a été la prise de conscience qui m’est survenue en 2013 lorsque la kizomba tant au niveau de la musique que de la danse a vécu un changement considérable. Lors de son développement en France, la kizomba a subit un changement dans le sens où elle perdu une grande partie de ses racines africaines. Les bases, les mouvements du corps, la musique ont été modifiées ainsi que la manière de penser la danse. La kizomba été divisé avec d’un côté « l’Urban kiz » ou « Kizomba 2.0 » et de l’autre la kizomba normal et qui a été nommé « rétro ». Ce qui est réellement dommage c’est que le mot « rétro » est le diminutif du mot « rétrograde » qui se définit par démodé, désuet ou arriéré. Né dans les années 90, la kizomba ne peut pas encore être nommée « rétro ».

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Vous intéressez-vous à d’autres formes artistiques et à d’autres formes de culture ? (vos centres d’intérêts)

Ephigénie G.
En effet je suis très intéressée par les différentes cultures latino-américaines plus précisément par les communautés indigènes qui ont survécu à la période coloniale et à la mondialisation. Je m’intéresse aussi aux mouvements de population qui sont survenu en Afrique pendant la période coloniale et je déplore un peu le fait qu’il n’existe pas vraiment en France de cours de civilisation africaine assez poussés dans les universités.

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Quels sont vos projets à venir ?

EG1Ephigénie G.
A l’avenir, j’aimerai parvenir à faire aimer la danse et la culture africaine au plus grand nombre grâce aux cours que mon partenaire et moi donnons. J’aimerai aussi faire connaitre à tous les cours d’Afro-Ginga, un nouveau concept de cours crée par moi-même que je donne depuis novembre 2014 et qui consiste à apprendre aux femmes à libérer leur esprit pour danser à l’africaine. Nous apprenons à danser la kizomba et le semba de manière plus approfondie et sans complexes. Je donne ces cours à partir d’un nouveau point de vue et d’une manière différente car en effet, ceux qui sont en phase d’apprentissage n’adoptent forcement l’état d’esprit qui leur permettraient d’apprendre plus rapidement surtout lorsque l’on apprend une danse étrangère et assez loin de sa propre culture.

Ayant déjà donné de nombreux cours sur Paris, j’ai aussi eu la chance de faire découvrir ce nouveau concept en Allemagne et la prochaine date se fera en Amérique en ce qui concerne l’étranger. L’Afro-Ginga est un cours qui est destinée aussi bien aux femmes qu’aux hommes car le but est d’aider les élèves à développer le style africain à partir des pas récurrents qui existent dans les danses d’Afrique centrale.

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Un message final pour nos lecteurs ?

Ephigénie G.
Je voudrais dire aux lecteurs que le respect des cultures passe aussi par le respect de la danse et que la danse est synonyme de partage et de convivialité et festivité. La musique est un langage universel et je pousse donc tout le monde à écouter de la musique, danser car la musique calme les tensions, réchauffe les cœurs et unis les hommes.